Mardi 26 octobre. Sombre journée.
Il pleut à verse sur Lyon.
A ne pas mettre un Brésilien dehors.
Ca tombe bien. L'attaquant de l'Olympique Lyonnais Honorato Da Silva Nilmar nous reçoit dans son home sweet home, quelque part sur les quais de Saône. Parquet, murs blancs et déco ultra moderne. Un tableau porte le n°11. Son numéro gagnant. Nilmar vient tout juste de prendre son premier cours de français en compagnie de Cris, son coéquipier, compatriote, voisin du dessous et plus car affinités.
« Je suis joueur à l'Olympique Lyonnais. C'est parti ! » clame-t-il fièrement dans notre langue, en guise de premiers travaux pratiques. Il s'en remet ensuite à Isabelle Dias, l'interprète du club. Fabricio, son frère, se joint à nous. Entretien avec un joueur éminemment
sambathique...
Comment vous sentez-vous à Lyon ?
Je suis heureux d'être là et je ne regrette pas le Brésil. Pour l'instant, il n'y a pas d'obstacle à mon adaptation, tout s'enchaîne. J'ai été très bien reçu, surpris de l'accueil que m'a réservé le public. En revanche, Juninho m'a dit que le froid allait arriver. Je l'attends...
Il y a néanmoins la barrière de la langue...
C'est effectivement la seule chose qui m'embête. Je ne peux pas communiquer avec les autres. J'aimerais pouvoir intervenir dans les discussions. Heureusement, à l'entraînement, tout le monde se parle avec des gestes.
(Isabelle Dias : Les Brésiliens arrivés cette saison ont vraiment envie d'apprendre le français. On sent une indéniable osmose dans l'équipe. Quant au staff technique, il veut apprendre le portugais !)
Quelles sont vos premières impressions sur la France et sur Lyon ?
Je n'ai pas visité grand-chose, à part Eurodisney à Paris, ce qui me faisait rêver. J'y suis allé avec Cris, Cacapa et Malouda. Malgré mon jeune âge, je suis retombé en enfance. Mais je n'aime pas trop les attractions à sensations fortes. C'est la première et dernière fois que je monte à bord de Space Mountain.
(Isabelle Dias : Bernard Lacombe a fait découvrir Fourvière à Nilmar. C'est un rituel d'y emmener les joueurs brésiliens. Il est très croyant, comme eux. Ils attachent beaucoup d'importance au silence.)
Vous êtes-vous déjà essayé à la gastronomie locale ?
Pas encore. En revanche, j'ai déjà testé le japonais, l'italien et, ce soir, je vais manger coréen avec Cris. Sinon, je reste très attaché à la
cuisine brésilienne, notamment le riz et les haricots secs qui servent à préparer la feijoada, notre cassoulet national.
(Isabelle Dias : Les jeunes Brésiliens ont du mal à essayer de nouveaux trucs, ils aiment surtout la cuisine de leur mère. Mais Cacapa, par exemple, ramène désormais du foie gras quand il rentre au pays.)
« Le rire est très important pour moi »
Quelle est votre journée type ?
Mon quotidien est rythmé par les entraînements, le repos à la maison et... les courses en grande surface. Je descends aussi très souvent voir Cris, qui habite au quatrième. On se prête
souvent des DVD, notamment des films d'action, des concerts et des comédies brésiliennes. C'est très important pour moi de rire.
Appartenez-vous à la génération Playstation ?
Comme beaucoup de mes coéquipiers de l'OL, j'aime bien les jeux vidéo. On y joue lors des mises au vert, mais on sait rester raisonnable. Je m'entraîne aussi avec mon frère, et on choisit toujours la Seleção dans les jeux de foot.
Vous avez emmené votre frère dans vos bagages ?
Fabricio est arrivé à Lyon quinze jours après moi. Sa présence me permet d'être moins seul. (Fabricio intervient : J'ai joué au football à Gremio et Palmeiras mais je n'ai pas percé comme lui. Aujourd'hui, je suis devenu la femme de ménage de Nilmar !)
Vous êtes encore jeune. Vos parents ne vous manquent-ils pas trop ?
Je reste en contact tous les jours avec eux, surtout par internet. Je téléphone aussi régulièrement mais je fais attention, pour ne pas y passer tout mon salaire. Ils sont très fiers de moi et sont souvent félicités dans la rue pour mon entrée en équipe nationale et mon arrivée en Europe.
Justement, quelle destination européenne avait votre préférence ?
On ne choisit pas vraiment. Le championnat espagnol est énormément diffusé à la télévision chez nous mais c'est surtout de participer à la Champion's League qui fait rêver.
Un challenge que l'Olympique Lyonnais vous proposait...
Oui, l'OL fait aujourd'hui partie des meilleurs clubs d'Europe. Il grandit bien. C'était difficile d'espérer meilleur début de saison, sans défaite. C'est vraiment étonnant de voir que Gerland est rempli à tous les matches. Au Brésil, les stades sont certes plus grands mais il n'y a que les
derbys qui affichent vraiment complet.
« J'aimerais rester enfant jusqu'à ma mort »
Vous n'avez en tous cas pas tardé à démontrer vos talents de buteur...
Je ne m'étais entraîné que deux jours avec le groupe et je marque effectivement deux buts en quinze minutes à Rennes. C'était fantastique. Ces bons débuts ont facilité mon intégration.
Pouvez-vous déjà mesurer votre cote de popularité ?
J'étais l'autre jour à la Part-Dieu avec Juninho. Le magasin dans lequel nous nous trouvions s'est rempli d'un seul coup ! Mais je préfère avoir à signer dix millions d'autographes plutôt que de laisser indifférent. Ca fait partie de la reconnaissance.
Votre physique de beau gosse ne doit pas laisser insensible la gente féminine...
C'est vrai que beaucoup de filles me demandent des autographes. Je viens d'ailleurs d'un pays où il y a beaucoup de très belles femmes. Quant aux Françaises, je ne les connais pas encore suffisamment...
Avez-vous déjà été sollicité par le milieu de la mode ?
J'ai déjà défilé pour des marques de vêtements et de bijoux au Brésil. Mais ici, je n'ai pas encore eu de propositions.
Un dernier mot sur votre intégration au sein de la Seleção...
C'est impressionnant de jouer avec Ronaldo ou Ronaldinho. Au début, j'ouvrais des yeux tout grand à côté de ces stars. Mais on a très vite sympathisé. Finalement, on est tous pareil.
A 20 ans, vous avez déjà fait un bon bout de chemin...
J'ai certes beaucoup de responsabilités. Pourtant, je ne veux pas grandir, j'aimerais rester enfant jusqu'à ma mort...
Propos recueillis par Jérémy Laugier
et Sébastien Imbert
Un grand merci à Isabelle Dias pour la traduction